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Il était une fois... Sainte Richarde

Impératrice devenue sainte, Richarde de Souabe a fondé au IXe siècle l’abbaye autour de laquelle s’est développée la ville d'Andlau.

 

Découvrez son histoire et les légendes qui l’entourent.

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Richarde, impératrice carolingienne

 

Richarde de Souabe est née vers 840, du côté de Kintzheim.

Sa famille faisait partie de la haute aristocratie de l’empire carolingien et possédait de nombreuses terres en Alsace. Son père, Erchanger de Souabe, administre pour l’empereur le Nordgau, comté du nord de l’Alsace.

Richarde reçut une excellente éducation. Elle était très pieuse.

À 22 ans, elle épousa Charles III, dit le Gros, arrière-petit-fils de Charlemagne.

Charles fut d’abord roi d’Alémanie, puis d’Italie, avant de devenir empereur d’Occident. Le sacrement eut lieu à Rome, le jour de Noël de l’année 881. Richarde devint alors impératrice.

 

Fondation de l’abbaye d’Andlau

 

Au Moyen-Âge, il était d’usage que les membres de l’aristocratie fondent ou soutiennent des monastères. Richarde s’inscrivit dans cette tradition et souhaita bâtir sa propre abbaye, sur des terres de sa famille.

La légende dit qu’elle entendit — en rêve, ou lors d’une prière — une voix lui annoncer que là où gratterait une ourse, elle devrait fonder son abbaye.

Alors qu’elle descendait du mont Sainte Odile, en arrivant dans le val où se trouve aujourd'hui Andlau, elle aperçut une ourse, qui creusait un trou pour enterrer son ourson mort. Richarde prit l’ourson dans ses bras et celui-ci revint à la vie.

C’est ainsi qu’en 880, Richarde décida de construire son abbaye là où grattait l’ourse.

 

Intrigues à la cour

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En 887, des intrigues se nouèrent à la cour impériale de Charles III. Elles visaient l’archichancelier Liutward et l’impératrice.

Liutward de Vercelli était le principal conseiller de l’empereur. Certains aristocrates l’accusaient de manipuler un empereur dont la santé mentale aurait été incertaine.

Richarde avait également un rôle politique important aux côtés de son mari.

Tout cela ne convenait pas aux courtisans de Charles III. La légende dit qu’ils poussèrent l’empereur à accuser Richarde d’adultère avec Liutward. Elle dut passer l’épreuve du feu (appelée ordalie), dont elle sortit indemne, prouvant son innocence.

Néanmoins, Charles III répudia sa femme. Richarde se retira alors à l’abbaye d’Andlau.

C’est ici qu’elle finit ses jours. Elle est décédée un 18 septembre, vers l’an 896.

 

Canonisation par le pape alsacien

 

En 1049, le pape Léon IX — dit le pape alsacien — canonisa Richarde de Souabe, comme Odile, la sainte patronne de l’Alsace.

C’est ainsi que Richarde devint sainte et que l’abbaye d’Andlau devint un important lieu de pèlerinage en Alsace.

Comment reconnaître Sainte Richarde

Dans l’église abbatiale, ainsi que dans les rues d'Andlau, on retrouve plusieurs représentations de Sainte Richarde.

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Pour la reconnaître, cherchez les éléments suivants :

  • Une couronne et un sceptre, symboles de son rang d’impératrice

  • Une église dans ses bras, symbole de l’abbaye d’Andlau qu’elle a fondée

  • Une ourse à ses pieds, rappelant la légende qui veut que l’ourse lui ai montré où fonder l’abbaye

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On trouve également des représentations de Sainte Richarde ailleurs en Alsace. Par exemple, il y a une sculpture en bois dans l’abbatiale d’Ebersmunster et une statue en pierre sur le porche de l’église Saint-Pierre-le-Vieux à Strasbourg.

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Le tableau d'Étienne Dubois

Quand on entre dans l’église abbatiale, en face, de l’autre côté de la nef, on aperçoit un immense et magnifique tableau représentant Sainte Richarde.

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Cette œuvre a été peinte par Étienne Dubois en 1847. Un petit panneau indique qu’elle « représente la fondation de l’abbaye par Ste RICHARDE, impératrice, avec L’OURS qui, selon la légende, lui aurait indiqué l’endroit où construire le couvent pour les jeunes filles de noblesse. »

 

Deux époques cohabitent dans ce tableau.

 

À gauche, nous sommes au IXe siècle. Sainte Richarde apparaît aux côtés de l’archichancelier Liutward. À ses pieds se trouve une ourse, celle qui, selon la légende, lui aurait indiqué où fonder son abbaye.

 

À droite, de l’autre côté de la rivière Andlau, des soldats sont représentés. Tout en haut se dresse le château du Spesbourg, construit au XIIIe siècle pour défendre l’abbaye.

Les reliques de Sainte Richarde

Dans l’église abbatiale sont conservées les reliques [1] de Sainte Richarde, authentifiées en 1841.

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Une partie de son crâne est placée dans une petite châsse [2] en bois, visible derrière les grilles de la chapelle baroque qui lui est dédiée. Cette châsse fut réalisée à l’initiative de l’abbé Deharbe, curé de la paroisse d’Andlau de 1846 à 1876.

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[1] Les reliques sont des objets ou morceaux du corps d’une personne sainte.

[2] Une châsse est un coffre dans lequel on conserve les reliques.

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L’autre partie repose dans une grande châsse en pierre, située dans le chœur. Pour la voir, il suffit de monter les escaliers depuis la nef et de se rendre derrière le maître-autel.

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Cette châsse, datant du XIVe siècle, est ornée de quatre panneaux peints racontant l’histoire de la répudiation de Sainte Richarde.

  • 1er tableau : Richarde pose sa main sur la croix pectorale portée par l’archichancelier Liutward.

  • 2e tableau : L’empereur Charles III, entouré de courtisans suspicieux, écoute les accusations d’adultère portées contre Richarde.

  • 3e tableau : Richarde, en présence de l’empereur et d’un évêque, est soumise à l’épreuve du feu. Elle porte un manteau trempé dans la cire et traverse des braises. En sortant indemne, elle prouve son innocence. L’empereur la répudie et Richarde se retire à l’abbaye d’Andlau.

  • 4e tableau : Richarde remet l’abbatiale à Saint Pierre, symbolisant la donation de l’abbaye au Saint-Siège.

Le trou de l'ourse

Dans la crypte de l’église abbatiale, une trappe se trouve aux pieds d’une ourse de pierre.

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Savez-vous ce qu’elle cache ? En l’ouvrant, on découvre un trou, au fond duquel il y a de la terre. Ce serait là, dit-on, que l’ourse aurait gratté le sol, indiquant à Sainte Richarde l’endroit où bâtir son abbaye.

 

La tradition raconte qu’à l’époque, un véritable ours vivant — enchaîné — vivait dans la cour de l’abbaye. Mais un jour, l’un d’eux aurait dévoré un enfant. À la suite de ce tragique événement, l’animal aurait été remplacé par la statue que l’on voit aujourd’hui dans la crypte.

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© Caroline Verstaen - Juin 2025

Article rédigé pour le journal municipal de la ville d'Andlau

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